Projet Mentorat
Dans le cadre du plan de prévention du radicalisme, le Gouvernement Wallon a souhaité doter chacune des Instances Bassin EFE d’un agent chargé de développer des actions concrètes et opérationnelles en vue de promouvoir l’emploi des personnes d’origine étrangère.
Dans ce contexte, l’Instance Bassin EFE Hainaut-Centre a choisi de réunir et de consulter les acteurs de terrain pour définir un plan d’actions qui apporte une plus-value par rapport aux projets existants. Ce plan d’actions s’articule autour de trois axes : Enseignement, Insertion socioprofessionnelle, Employeurs et sensibilisation des entreprises. Il prévoit, entre autres, de soutenir le projet Mentorat développé par le Centre Régional d’Intégration de Mons Borinage (CIMB). Il s’agit notamment de mobiliser les réseaux de l’IBEFE pour faciliter le recrutement de mentors.
Nous abordons ici avec Céline CHEVALIER, responsable du projet, les objectifs du mentorat et les premiers résultats obtenus.
Instance Bassin EFE :
En quoi consiste le projet mentorat ?
Céline Chevalier :
Le projet de mentorat du CIMB s’inscrit dans un projet plus large d’accompagnement des migrants vers l’insertion socioprofessionnelle, soutenu par le Fonds Social Européen pour la programmation 2014-2020.
Il ressort de nombreuses analyses que la Belgique connait des niveaux de chômage des travailleurs d’origine étrangère nettement plus élevés que des travailleurs d’origine belge.
Le dernier monitoring socioéconomique portant sur la période 2008-2014, publié par Unia et le service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale, confirme ces écarts de taux d’emploi en fonction de l’origine et plus encore si l’on tient compte du genre et de l’âge.
Le projet de mentorat part du constat qu’au-delà des obstacles structurels bien connus à l’entrée sur le marché du travail (les connaissances linguistiques, le niveau scolaire, la discrimination, des qualifications étrangères difficilement reconnues, ...), l’accès aux réseaux professionnels représente un réel défi pour de nombreuses personnes issues de l’immigration à la recherche d’un emploi.
Les expériences de mentorat ont démontré l’efficacité du processus ; celui-ci permettant d’améliorer l’insertion sur le marché du travail et de remédier à l’absence de réseau social et professionnel.
Le mentorat se définit comme un processus de coaching par lequel une personne expérimentée (le mentor) conseille un partenaire inexpérimenté (le mentoré) dont les compétences sociales, cognitives ou techniques et l’expérience sont jugées insuffisantes.
L’idée est d’associer un travailleur sans emploi et un travailleur expérimenté qui se porte volontaire pour accompagner celui-ci dans ses démarches de recherche et d’insertion sur le marché de l’emploi.
Le programme de mentorat du CIMB est envisagé sur une période de 6 mois. Le mentor et le mentoré sont invités à se rencontrer régulièrement, une ou deux fois par mois, sur le lieu de travail du mentor, ou tout autre endroit pertinent, et à rester en contact par e-mail, sur les réseaux sociaux ou par téléphone.
Le mentorat ne doit pas être considéré comme un substitut aux organismes d’insertion professionnelle. Il s’agit d’un accompagnement complémentaire, un coup de pouce pour ouvrir de nouveaux horizons.
Instance Bassin EFE :
Quels sont les points positifs de cet accompagnement pour les deux parties ?
Céline Chevalier :
Le programme de mentorat s’inscrit dans une démarche volontaire du mentor et du mentoré.
C’est une opportunité de réunir des gens, d’apprendre des uns des autres, de faire des rencontres multiculturelles. La relation de mentorat apporte des avantages personnels et professionnels tant pour le mentoré que pour le mentor.
En effet, dans un souci d’authenticité, le mentor va rechercher le meilleur de ses expériences afin de les transmettre à son partenaire ; il va se réapproprier, revisiter ses talents, et ainsi réactiver ses compétences. Echanger et partager son parcours redonne également du sens à celui-ci et valorise le travailleur qui peut à un moment, se poser, se retourner, contempler ses réalisations et s’en féliciter.
Dans le chef du mentoré, le programme de mentorat a pour objectif la réussite de l’insertion professionnelle, il permet au mentoré d’avoir une meilleure connaissance du métier qu’il envisage, de se familiariser avec les codes de conduite et la culture du monde professionnel et enfin d’élargir son réseau professionnel. Le mentor va également avoir un regard différent, apporter une autre approche et permettre d’ouvrir le champ d’action des possibles du mentoré.
L’authenticité, la réciprocité des échanges, le sentiment d’être accueilli et soutenu dans la rencontre mentorale contribuent également à stimuler la confiance en soi, l’estime de soi et l’autonomie des mentorés, leur permettant de poursuivre le processus d’insertion et d’intégration avec plus d’assurance.
Enfin, le mentorat participe au renforcement de la cohésion sociale ; il recrée du lien social et de la solidarité de proximité ; il permet de combattre les préjugés et réduire le fossé intergénérationnel et/ou interculturel.
Les entreprises qui autorisent leurs collaborateurs à s’engager dans un programme de mentorat profitent également de certaines retombées. En quelques mots, elles profitent de la réactivation des talents du mentor et valorisent son collaborateur volontaire ; elles s’impliquent également dans l’intégration des migrants et participent de la sorte à un projet sociétal valorisant ; elles peuvent également être amenées à développer un regard plus large sur le recrutement et d’exploiter de manière optimale les compétences de chacun.
Instance Bassin EFE :
Quel est le bilan de la première année de développement du projet ?
Céline Chevalier :
La mise en place du programme a exigé énormément de démarches de promotion du projet, de prospection des mentors et d’information auprès de nos partenaires. Une dizaine de personnes, aux profils très variés, ont manifesté leur intérêt pour endosser le rôle de mentor. Nos candidats mentors sont issus de secteurs diversifiés : l’informatique, les média, l’économie sociale, le secteur culturel, l’action sociale, la santé, …
Nos candidats mentors ne sont pas des experts de l’accompagnement ; nous leur proposons des ateliers, des discussions sur la rencontre interculturelle et l’accompagnement, afin de les outiller pour se lancer dans l’aventure.
Au terme de l’année 2017, nous avons conclu deux programmes de mentorat : au sein d’un laboratoire et d’un service administratif. Le premier programme a permis à la mentorée d’être soutenue dans la reprise de cours qui lui permettront d’obtenir un brevet essentiel dans sa recherche d’emploi. Un stage a également été conclu. Le second programme oriente la mentorée dans sa recherche d’emploi et lui permet de se familiariser avec le fonctionnement d’une entreprise et des services administratifs y afférents.
Instance Bassin EFE :
Quelles sont les principales difficultés rencontrées pour mener à bien ce projet ?
Céline Chevalier :
Les principales difficultés résident dans le « recrutement » des mentors et le matching (mise en relation) du binôme.
Bien que nous ayons un groupe de mentors, il nous est difficile de constituer les binômes en prenant en compte la personnalité, les aspirations et les talents d’un candidat mentoré… afin de trouver le mentor avec qui la relation mentorale s’épanouira. Le succès du mentorat est, en effet, lié au profil du mentor, du mentoré et à la compatibilité entre les membres du binôme.
Nous sommes donc en permanence à la recherche de mentors ayant envie de relever un nouveau défi et de s’engager dans une action sociétale. Il n’y a pas de profil type du mentor. Nous souhaitons qu’il dispose d’une expérience professionnelle suffisante, qu’il soit volontaire et possède certaines capacités d’écoute, de dialogue, d’objectivité et de créativité. Il doit aussi être disponible durant le programme de mentorat.
Instance Bassin EFE :
Pour conclure, quels sont vos souhaits et objectifs pour l’année 2018 ?
Céline Chevalier :
Nous envisageons de poursuivre la diffusion du programme auprès des entreprises, de nos partenaires ; de sensibiliser les entreprises à l’importance de leur implication dans ce type de projet qui soutient tant l’insertion sociale, professionnelle et économique des personnes issues de l’immigration.
Évidemment, nous souhaitons un aboutissement positif des programmes en cours et la réalisation de leurs objectifs ainsi qu’une meilleure confiance en soi, une meilleure connaissance du secteur professionnel, un développement du réseau professionnel etc.
Enfin, notre objectif de cette année est d’atteindre la mise en place de 8 binômes. 3 binômes sont actuellement en cours de négociation. Des demandes de partenariat sont en attente de mentors volontaires … nous prospectons ! D’où notre volonté d’étoffer et de consolider notre réseau de mentors et de partenaires afin de diversifier l’offre de secteurs couverts par le programme de mentorat.
Intéressé par cette expérience ?
N’hésitez pas à contacter notre chargé de projet « Emploi et interculturalité », Christopher Lefebvre
Contact
Chargé de projet
064/279.859